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Impromptu en terre inconnue

il y a 2 jours
3 min de lecture

Cet après-midi, nous avions donné rendez-vous au "jardin le plus sous-coté du 19ème arrondissement". Le jardin Anaïs Nin, à la frontière des 18ème et 19ème arrondissements de Paris. Pile à l'intersection du boulevard Macdonald, du boulevard Ney et de la rue d'Aubervilliers, juste avant la porte d'Aubervilliers. Un noeud automobile très serré, une bande de terre à l'herbe brûlée par la canicule, un espace peu hospitalier doté tout de même de quelques bancs et de sculptures incongrues : des nacelles de manèges de fête foraine fixées au sommet de tiges métalliques, oeuvres de l'artiste Pierre Ardouvin, apprend-on sur Wikipédia.

Il allait s'agir pour nous de nous agiter comme nous aimons le faire en meute et dans l'espace public - pas comme le font les jeunes en ce moment. Nous sommes toujours jeunes bien sûr, et solidaires des lycéens, c'est certain.

Nous, dehors, tout simplement, tout humblement, nous prêchons le réconfort, le contrepoint poétique dans ces quartiers estampillés politique de la ville. Théâtre in situ. Et spontané, s'il vous plaît.

D'abord se retrouver, se saluer, se raconter, s'inquiéter de tant de bruit, de gris, de pauvreté alentour. Se chauffer, s'échauffer, respirer, tenter de respirer malgré tout, oui. Puis s'arrêter. Debout, en ligne, entre deux poteaux, écouter. Ecouter et repérer les impacts sonores les plus manifestes. Ecouter et... constater, est-ce possible, que les klaxons, les sirènes, les vrombissements assourdissants, ont cessé. Mince.

Plus qu'un petit flot de voitures tranquilles. Avons-nous des pouvoirs quantiques ? Notre écoute attentionnée a-t-elle modifié la réalité ? Cela n'est pas impossible.

Nous pouvons nous détendre, nous pouvons nous laisser aller à un sentiment de liberté et pourquoi pas, de joie. Sourire. Sourire pour voir, pour constater que oui, cette dame qui passe sourit aussi. Celle-ci nous regarde comme si nous étions dignes d'admiration et en profite pour lever les yeux vers le carrousel envolé. Nous découvrons que le spectacle, c'est les autres. Ce vieux monsieur et cette vieille dame, comme venus d'un autre temps, qui traînent ensemble leur chariot de courses, lentement : quelle scène pleine de grâce ! Cette petite fille qui vient joyeusement pousser le poteau avec nous, avant de rejoindre sa mère qui l'attend. Elles habitent tout près, tout près...

Une maman nous regarde au loin. Assise sur un banc, elle attend, son bébé sur les genoux. Elle au moins a compris qu'ici, c'est un jardin public. On croise du monde, finalement. Des gens qui traversent, une piste qu'il vaut mieux garder libre pour les bicyclettes qui déboulent. Des trous dans le sol. Des gros trous. Mystérieux trous. Dangereux trous. Nous marchons, arpentons, retenons l'oeil de notre amie Karin venue capter le moment. Nous voguons, nous jouons. Nous glissons quelques mots de Musset aux oreilles des passants. Le jour baisse.


Nous constatons que cet endroit a changé depuis que nous y sommes arrivés. Nous y sommes arrivés : trouver du charme et presque de la beauté au jardin le plus incompris de la place de Paris.


C'était Impromptu#AnaïsNin

Mené par Benjamin Balthazar Lebigre & Catherine Richon et avec la Crème de la Troupe Ephémère de La Générale de Théâtre

Vendredi 9 octobre 2026 - Jardin Anaïs Nin, Paris 19è

Avec le soutien de la Mairie du 19ème

Photos Karin Crona


*Flashing (quelque chose) : le nom que nous donnons à nos "stages avec création de spectacle", une formule que nous déclinons en divers lieux. Sur l'esplanade Rosa Parks, à l'été 2025 et à l'été (chaud) 2026, (et encore en 2027 ?) cette proposition a pris le nom de Flashing Rosa !


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